Association Vaudoise d'enseignants pour une Ecole Crédible

Je mets mes données personnelles à jour

Règlement d’application de la LEO : l’administration confisque le pouvoir !

C’est avec consternation que l’AVEC  a pris connaissance du projet de règlement d’application de la loi scolaire votée en septembre dernier.

A bien des égards, c’est une coquille vide qu’on soumet à l’appréciation de l’opinion publique : trop de dispositions relatives aux notes, à  l’orientation, aux promotions, au redoublement, aux prolongations de scolarité sont renvoyées au Cadre général de l’évaluation, pas forcément identique à celui que nous connaissons. Ancrées dans des textes administratifs internes, elles sont susceptibles d’être modifiées très rapidement, pour des raisons qui ne sont pas forcément pédagogiques, mais relèvent de la politique politicienne ou de la simple gestion administrative. Les règles du jeu pourront donc changer en tout temps, de manière arbitraire et sans transparence. La question du contrôle démocratique se pose également, l’ensemble du Conseil d’Etat n’étant plus habilité  à se prononcer sur elles via le règlement, sans parler du Grand Conseil. Le Département de la Formation acquiert un pouvoir quasi discrétionnaire.

C’est d’autant plus inquiétant qu’un dispositif existe au sein même du règlement pour contourner la loi : les articles 12 et 13 relatifs aux projets pédagogiques permettent de « déroger aux dispositions du règlement, à la grille horaire ou au plan d’études ». Des élèves pourraient ne plus recevoir les connaissances auxquelles ils ont normalement droit, ou ne plus bénéficier de bonnes conditions de travail. On  bafoue le principe de l’équité.

L’autoritarisme du Département apparaît aussi dans les mesures de contrôle des établissements. Le directeur est considéré comme un exécutant de « mesures stratégiques », dont il doit rendre compte. La place laissée à l’avis des enseignants est fortement réduite par rapport à la situation actuelle. Les décisions finales d’orientation, de promotion et de redoublement sont laissées à la discrétion des conseils de direction. Le fonctionnement de ceux-ci reste opaque, sous contrôle du seul directeur, lequel est soumis à sa hiérarchie. Aucun dispositif ne vient redonner un peu de poids aux gens de terrain. Nous demandons expressément la mise sur pied de conseils de direction démocratiques, avec présence majoritaire de délégués des maîtres en leur sein.

Pour  les élèves, cette école plus étroitement soumise à la férule de la Cheffe du Département pourrait bien s’avérer plus laxiste: un enfant en échec peut être promu dans les dernières années de la scolarité obligatoire et obtenir une prolongation de scolarité sans forcément  satisfaire à des exigences d’assiduité au travail ou de comportement correct, à moins de cas très graves.

Enfin, nous dénonçons les effectifs des classes trop élevés, particulièrement pour les élèves les plus faibles : on leur laisse peu de chances de combler leurs insuffisances dans une ambiance de travail sereine.  Nous contestons aussi le flou qui entoure leurs options de compétences métiers, qui ne garantit pas une équité optimale.

Article après article, notre commentaire du Règlement d’application de la LEO

Anne-Catherine Lyon dépitée par les revendications des maîtres professionnels… (24 Heures du 7 mars 2012) : entre mépris et méconnaissance, je t’aime moi non plus !

Anne-Catherine Lyon et son chef de service ne comprendront-ils jamais les spécificités et les sensibilités de l’enseignement professionnel ?

Ça a commencé avec un logiciel complètement inadapté dont on a confié la mise en place à un responsable de l’école… obligatoire. Un fiasco, gouffre à millions qui a soumis à rude épreuve les nerfs du personnel administratif en particulier et ceux des enseignants des écoles professionnelles.

Puis vint la lamentable gestion des différences de traitement entre maîtres professionnels dans le cadre des négociations DECFO-SYSREM. Un nouveau fiasco qui a laissé toute une frange des maîtres les moins bien traités sur le bord du chemin, au point que les syndicats et l’Etat sont encore en train d’en découdre au tribunal.

Et le 6 mars 2012, le DFJC annonçait que l’offre des gymnases s’adaptera à la croissance démographique vaudoise à coup de nouvelles constructions et de millions (pour les seuls crédits d’étude), alors que les écoles professionnelles verront leur accroissement de population confiné dans des… pavillons et autres containers, ou dans des locaux déjà trop étroits aujourd’hui. Un nouveau geste de mépris à l’égard de la formation professionnelle. Entre l’élite intellectuelle et la formation des apprentis, Madame Lyon a fait son choix. Elle peut toujours clamer son attachement à la formation professionnelle, dans ces conditions c’est une profession de foi peu crédible : au DFJC, on ne jette pas ses perles aux pourceaux !

Cerise sur le gâteau, Anne-Catherine Lyon s’offusque que des maîtres professionnels souhaitent éviter des effectifs trop lourds pour des classes d’enseignement professionnel. S’abritant derrière des statistiques technocratiques, elle se justifie en toute ignorance de ce qui se passe dans les classes. Moins de 15 élèves par classe ? Diable ! La cheffe du Département confondrait-elle sincèrement une moyenne statistique avec un nombre d’élèves par classe ? Lorsqu’un enseignant d’école professionnelle doit composer avec sa classe de 22 à 24 (voire 26) élèves souvent peu scolaires et de compétence très hétérogène, il se fiche bien de savoir qu’il y a 14,6 élèves par classe en moyenne. Ce ne sont pas les moyennes d’effectifs qui l’intéressent, mais les maxima !

Et la ministre de souligner l’ «homogénéité des classes de commerce » : une nouvelle manifestation de sa méconnaissance des réalités du terrain. Surtout lorsque l’on sait que dans une même classe d’apprentis de commerce se côtoient régulièrement des élèves issus de classes de VSO et des élèves ayant fréquenté le gymnase ou l’université dont il faut simultanément satisfaire les attentes et les besoins ! Drôle de conception de l’homogénéité ! On peine à imaginer ce que seraient pour elle des classes hétérogènes…

La cheffe du DFJC pourrait aussi réaliser que, sous les revendications salariales et de réduction d’effectifs des maîtres professionnels, se cache un réel malaise : celui du malaimé que l’on traite comme la cinquième roue du char, celui à qui l’on donne à la condition que tout le monde ait été servi avant.

A défaut de lui témoigner le respect qui lui est dû, Madame Lyon pourrait envisager de restituer la formation professionnelle à son ancien département, celui de l’économie. Et probablement que chacun y trouverait son compte !

Vers des temps nouveaux ?

Le Matin du 16 février publie l’interview du Directeur de la DGEO, M. Alain  Bouquet. On y lit avec plaisir quelques formules qui laissent espérer que vont être révolus les  temps où l’enseignant était prié de s’aplatir et de se transformer en Gentil Animateur devant Sa Majesté l’Enfant. Qu’on en juge :

  • « L’enseignant qui sera victime d’intimidations ou de coups, qu’il sache que je serai à ses côtés. »
  • « Nous sommes aujourd’hui dans une sorte de triangle dans lequel l’élève fait partie intégrante des discussions. Selon moi, il revient aux adultes de régler les problèmes et de parler ensuite d’une seule voix, qui peut d’ailleurs être celle des parents ou de l’école. »
  • « Il y a un moment donné où le maître va dire: «Mon petit gars, c’est comme ça, tu peux râler, mais le boss, c’est moi.»
  • « L’école n’a pas à être «sexy»! Elle est là pour l’effort, pour mettre en place des outils qui rendent service aux jeunes. Elle doit transformer des enfants en adultes, et leur permettre de trouver leur place dans la société. »
  • « [redonner le goût de l’effort] par l’exigence et la bienveillance ».

Il n’est certes pas dans le rôle d’une association indépendante et critique comme la nôtre de féliciter les patrons de l’école, mais nous saluons ce genre de propos. L’arrivée aux commandes d’une nouvelle génération de dirigeants, plus proches du terrain, est sans doute pour beaucoup dans cette rupture avec l’exquise tolérance des psychologues.

Mais une hirondelle fait-elle le printemps ? Et, en très haut lieu, les beaux jours post-électoraux seront-ils propices à la mise en œuvre de  ce programme ?

La HEP, meilleure ennemie des enseignants

Dans le Matin Dimanche du 12 février 2012, sollicité pour commenter un fait divers impliquant un enseignant d’un canton voisin (le malheureux est accusé d’avoir bousculé quelques élèves violents), un « formateur » signalait qu’à son avis, c’était au maître de se remettre en question. Bel exemple de langue de bois post-soixante-huitarde, qui permet à cet embusqué de faire coup double : d’abord avoir l’air d’apporter une solution, alors qu’il ne fait que renvoyer la balle dans le camp de l’enseignant de base, et ensuite asseoir son autorité sur le dos des professeurs en les dénigrant un peu plus auprès du public.

Car notre homme en rajoute : « Ses cours sont-ils vraiment intéressants pour susciter autant de désordre ? » Bref, s’il a été victime d’incivilités ou de violences, c’est de sa faute ! Autant dire que les perturbateurs sont déjà peu ou prou pardonnés ! On n’est pas loin de la démarche des parents démissionnaires des années 60 qui prônaient le laisser-faire au nom de grands principes psychologiques.

Et pourtant, il faut réagir. C’est un travail long et difficile. Une classe ordinaire n’est pourtant pas le meilleur des endroits pour espérer récupérer des élèves si éloignés du monde scolaire que rien ne peut susciter leur intérêt. On oserait espérer que la « Recherche » en prenne conscience. Et doit-on délaisser les autres enfants pendant qu’on essaie de régler le problème ?

A cette question, même notre « spécialiste» répond par la négative. Mais il le fait de manière boiteuse, en  préconisant le recours à la politique de l’autruche : «Je dis d’accord à l’élève, tu restes en cours comme ça, mais à la fin, nous aurons une discussion et je prendrai des mesures.» Cette capitulation initiale laisse augurer des  perturbations qui ne vont pas tarder à s’enchaîner, puisqu’on vient de donner, sinon le feu vert, du moins le feu orange, à la première d’entre elles.

Une telle candeur devant la réalité de l’enseignement laisse pantois. Quel bien  peut faire ce genre de ratiocinations à un système scolaire désemparé ? Et quelles sourdes motivations cachent-elles ?

Après le Costa Concordia en 2012, le prochain échouage…

Bulletin de décembre 2011

Bulletin décembre 2011 : ne pas lâcher prise ! Après l’amère défaite subie par ECOLE2010 en septembre 2011, il faut éviter que les élèves, leurs professeurs et leurs parents soient lâchés entre les mains de pédagogistes trop heureux de pouvoir continuer dans leurs desseins de collège unique et leurs divagations égalitaristes. Bref, plus que jamais, l’école vaudoise a besoin de gens décidés à ne pas la laisser partir en lambeaux, ces gens dont les membres de l’AVEC font partie…

Histoire récente de l’école vaudoise en 4 vignettes

Gestion de classes et d’élèves difficiles

Des élèves qui ne tiennent pas en place et ne respectent plus les règles, des enseignants qui se disent épuisés et impuissants à résoudre les problèmes de comportements. L’indiscipline est-elle en train de se répandre dans les écoles ? Combien de classes sont-elles touchées ? À quoi ressemble une classe dite « difficile » ? Quelles sont les diverses causes à l’origine de ces phénomènes ? Comment réagir ?
À ces questions, le livre de Jean-Claude Richoz apporte des éléments de réponses et des conseils pratiques. Il offre des témoignages révélateurs des difficultés que traversent actuellement les enseignants, mais surtout de nombreux exemples de recadrage réussis de classes et d’élèves. De façon concrète, en illustrant ses principes avec de bons exemples fournis par des enseignants, l’auteur présente des démarches d’intervention et des outils qui ont fait la preuve de leur efficacité pour
résoudre des problèmes de discipline. Il montre une voie possible pour restaurer un climat de travail dans les classes, en rétablissant avec les élèves une relation d’autorité respectueuse et bienveillante.
Un livre méritoire et utile, qui propose tout un ensemble de moyens de remédiation, de pistes de réflexion et de connaissances théoriques susceptibles d’intéresser les enseignants, futurs enseignants et toutes les personnes concernées par les questions d’enseignement et d’éducation.

Professeur formateur à la HEP Vaud, Jean-Claude Richoz partage ici l’expérience accumulée pendant plus de trente ans en tant qu’enseignant secondaire, puis chargé de cours et lecteur à l’Université et enfin formateur d’enseignants dans différentes institutions. Observateur attentif des pratiques d’enseignement, il est avant tout engagé sur le terrain dans la formation continue des enseignants.

Sans préjugés et sans langue de bois, Jean-Claude Richoz présente les racines de l’indiscipline et fournit des pistes applicables dans les classes, une denrée rare dans les instituts de formation des maîtres. A mettre d’urgence entre les mains des enseignants.

Editions hep/Favre, seconde édition 2009, ISBN 978-2-8289-1130-0

Apprendre à lire – la querelle des méthodes

Apprendre à lire – La querelle des méthodes
Geneviève KRICK, Janine REICHSTADT, Jean-Pierre TERRAIL
Gallimard, coll. Le débat, Paris, 08/2007, 125 p.

Résumé :
Le choix des méthodes d’apprentissage de la lecture a donné lieu à une polémique particulièrement confuse, dont ce livre entend clarifier les enjeux.
Par opposition à la vieille décomposition syllabique (le b.a.-ba), disqualifiée pour son caractère mécanique et ânonnant, on a cru trouver dans des techniques d’identification directe des mots et du sens les moyens d’une pédagogie plus respectueuse des intérêts de l’enfant et de sa spontanéité. Ce furent la méthode globale, puis le compromis des méthodes “mixtes”.
Force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les méthodes actuelles laissent trop d’enfants au bord du chemin, en particulier dans les milieux culturellement défavorisés. Or diverses études ont montré que l’appropriation systématique du code écrit permise par la syllabique rend l’entrée dans la lecture plus aisée pour tout le monde. Des conclusions corroborées par le travail clinique avec des jeunes en grande difficulté.
N’est-il pas temps, dès lors, de repartir du bon pied, en admettant avec les auteurs que « la syllabique n’est ni de droite ni de gauche : elle est juste efficace » ?